Livre… ou vers

le blog d’une journaliste, consacré à la lecture et aux auteurs.

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André-Paul Duchâteau: Le gentleman du polar

Posté : 17 juin, 2011 @ 3:54 dans BD, Interviews | Pas de commentaires »

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Dans les mondes de la bande dessinée et de la littérature policière, l’écrivain belge André-Paul Duchateau est une star.
Scénariste du célèbre « Ric Hochet » créé avec le dessinateur Tibet, il a vécu avec ce dernier une histoire d’amitié qui a duré 56 ans. Roi du suspens, prince de l’énigme… rencontre avec un être humain délicieux.

- Quel genre de petit garçon étiez-vous?
Je suis né à Tournai, en Belgique, et dès le départ, j’ai été passionné par les aventures de Tintin. Je me suis très vite promis d’écrire. Mon père, général dans l’aviation, adorait lire les histoires policières pour se détendre. Grâce à lui, à 6 ou 7 ans, je dévorais déjà Agatha Christie. J’ai toujours été un grand amateur d’énigmes, de problèmes policiers. Puis je suis devenu un immense lecteur… de tout! Et le plaisir du lecteur est devenu le plaisir de l’écrivain. Je suis avant tout un grand amateur d’énigmes. J’adore mettre les lecteurs sur de fausses pistes!

- Le grand public vous connait avant tout comme étant le scénariste du célèbre héros de BD « Ric Hochet ». Comment avez-vous rencontré Tibet, son dessinateur?
J’étais directeur commercial dans une grande imprimerie qui imprimait beaucoup de journaux. Tibet avait été engagé comme « petite main » par les deux dessinateurs de la maison. Nous avons sympathisé et sommes devenus très amis avant d’être collaborateurs. Le soir, après 17 heures, je le rejoignais dans son bureau et nous jouions. Nous discutions pendant des heures en jouant au ping-pong. D’abord debout, puis, comme nous devenions plus fatigués au fil de la partie, nous la continuions plutôt mollement, depuis une banquette! C’est comme cela que tout est né…

- Naissance d’une amitié… et de Ric Hochet! Lequel de vous deux en a eu l’idée?
Lui. Il aimait beaucoup un personnage de BD, Valhardi, détective assureur, et m’a proposé de créer un détective dans le même genre. Je n’ai accepté le nom de Ric Hochet qu’avec réticence. Je trouvais que cela ne faisait pas très sérieux. Ric ne vieillissait pas. Il y a eu beaucoup d’anecdotes, au fil du temps. Je disais à Tibet que je ne comprenais pas comment le personnage pouvait conserver ce fameux veston à mouchetures alors qu’il passait son temps, en se battant, à le salir, le déchirer. Un jour, dans un album, Tibet a glissé un gag. Après s’être bagarré et avoir encore abîmé sa veste, Ric rentre chez lui, ouvre son placard et… on y voit une quinzaine de vestons identiques! Tibet s’amusait beaucoup de ce genre de détails. Quand il me téléphonait, je grognais souvent. Pour un scénariste, parler au téléphone équivaut à ne pas travailler. Pour lui, c’était différent. Pendant qu’il parlait, je l’entendais crayonner! Il faisait les mouchetures des vestons de Ric, dessinait, alors que je ne pouvais rien faire d’autres que de parler. Cela m’agaçait

- Comment naît une histoire de Ric Hochet? Vous savez dès le départ qui sera le coupable?
J’ai souvent dit que, dans un roman, je ne sais pas ou je vais, je change de coupable en cours de route. Mais c’est parfois dangereux dans les scénarios! Autant dans un roman, vous faites ce que vous voulez, autant, en bande dessinée, le synopsis doit être très précis. Et cela nous a apporté des ennuis. Dans la série « Les aventures des trois A », que nous avions créée ensemble, j’ai changé de coupable, mais je ne l’ai pas dit à Tibet suffisamment tôt. Dans un premier temps, le personnage en question était long et grand. Au fil de l’histoire, qui paraissait chaque semaine dans Tintin, j’ai changé d’avis et j’ai choisi un autre homme, gros et large. Or, les pages devaient partir à l’imprimerie et Tibet avait déjà dessiné… Nous nous en sommes sortis, mais ça a été complexe!
En principe, je pars souvent d’une idée de base et les personnages viennent par la suite. Pour Ric Hochet, je suis peu à peu parti dans des histoires complètement fantastiques.

- J’ai le souvenir d’un album au cours duquel l’un des personnages voyait ses cheveux blanchir totalement en une seule nuit. C’était une création ou un fait réel?
C’était un cas exact. Je suis parti sur un fait réel qui m’a été raconté. Celui d’un homme vivant en Arabie, qui a assisté a tellement d’horreurs que ses cheveux sont devenus blancs en quelques heures…

- Le temps a passé. Tibet nous a quitté voici un peu plus d’un an…
Oui. Après 56 ans de travail commun et d’amitié. Ca a été une immense douleur pour sa femme et pour moi. Mais il est mort de manière miséricordieuse. Il regardait un spectacle comique à la télévision, s’est levé pour ouvrir une fenêtre, et s’est affaissé. Sans douleur… Il était mon cadet de six ans. Ca a été tragique… Il me manque terriblement, à tous les niveaux…

- Peu après sa mort est sorti le fameux album numéro 78, ultime aventure de Ric Hochet dessinée par Tibet, mais qu’il n’a pu terminer.

Nous avons beaucoup réfléchi, avec son épouse, et nous avons décidé de le sortir, pour lui, même si la plupart des dessins n’en étaient encore qu’à l’état d’ébauche.

- A la fin de la préface que vous lui consacrez, vous dites que Tibet aurait souhaité que Ric ne meurt pas et qu’il y aura d’autres albums.
Nous essayons, nous testons… mais la décision est prise: nous serons d’une exigence énorme. Si un album 79 doit sortir, il devra être parfait. L’épouse de Tibet et moi-même aurions voulu arrêter. C’est lui qui ne le voulait pas. Nous craignons une désillusion. Nous verrons. En attendant, les albums de l’intégral sortent et marchent très bien.

- Vous êtes non seulement scénariste, mais également un écrivain reconnu, sous plusieurs pseudonymes.
Après Ric Hochet, nous avons créé la BD « Les Trois A ». L’éditeur a estimé qu’il était plus judicieux de prendre un pseudonyme. J’ai énormément écrit: c’est une démangeaison extraordinaire, un immense plaisir. J’ai notamment signé beaucoup de romans pour l’illustré belge « Bonne Soirée ». En core aujourd’hui, j’écris toujours à la plume et je fais retaper mes textes. J’aime ce contact avec le papier, le bruit de la plume… Pour le moment, j’ai un livre historique prêt à sortir si je trouve un éditeur.

- Une biographie?
Oui, l’histoire d’un homme qui a défrayé la chronique en Belgique, en son temps. Il était à la fois commissaire et chef de bande!

- Vous avez aussi notamment consacré un ouvrage à Stanislas André Steeman, maître du suspens. L’avez-vous rencontré?
J’ai eu la chance de le connaître, oui. Tout le monde se souvient de « L’assassin habite au 21″, porté à l’écran. Il m’a toujours encouragé, m’a poussé en me donnant de bons conseils. Je lui dois beaucoup. Il ne me corrigeait pas mais relisait avec moi. Dans l’un de mes livres, le personnage rentrait dans une chambre, respirait un parfum et trouvait quelques vers. En lisant ce passage, S.-A. Steeman m’a dit: « Tu dois aller au fond des choses. Il faut que l’on puisse lire ces vers. »
Le problème c’est que je ne suis absolument pas doué pour la poésie. J’ai composé une multitude de vers que je lui ai envoyés. Il ne les trouvait pas bons.Il me disait: « Vos vers, mon ami, sont des vers de mirlitons. Et encore, de mirliton qui jouerait faux! ».
En désespoir de cause, j’en ai écrit un énorme paquet et je les lui ai envoyé. Trois lignes ont trouvé grâce à ses yeux, que j’ai pu publier: « L’éclat de tes bas noirs
Dans l’ombre de ta jupe
Je n’espère plus d’autres soirs… »

- Ecrivez-vous toujours, aujourd’hui?
Je suis toujours aussi passionné par les mystères. Mes énigmes paraissent une fois par semaine dans le magazine « Télé 7 Jeux ».
Tibet me manque, je vous l’ai dit… Nous avions peur de lasser nos lecteurs, mais nous avions faim de continuer. Pendant qu’il dessinait, j’inventais l’histoire suivante, et ainsi de suite. En dehors de son absence cruelle, rien n’a changé depuis mes 15 ans. J’en ai 86 et j’écris toujours! Il y a chez moi un désir d’écrire qui ne s’éteindra pas, je crois!

Martine Bernier
- « L’écrivain habite au 21″, P.-A Duchâteau et Stéphane Steeman, Ed. Quorum.
- L’intégrale de Rich Hochet ressort aux Editions du Lombard

« La manipulation affective dans le couple: faire face à un pervers narcissique. » Interview des auteurs.

Posté : 24 juillet, 2010 @ 9:38 dans Couple, Interviews, Psychologie | 1 commentaire »

Toute femme ayant vu sa vie brisée par un homme pervers narcissique sait qu’il lui faudra des années pour se reconstruire…. si elle arrive à se relever un jour.
L’infinie détresse engendrée par le comportement de ces personnages est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions, à travers des décisions politiques essentielles et une loi novatrice adoptée en France en ce mois de juillet.
Un excellent livre ajoute une pierre majeure à cet édifice.
« La manipulation affective dans le couple. Faire face à un pervers narcissique » est sorti en février 2010 et a déjà été réimprimé quatre fois.
C’est dire l’importance de cet ouvrage dont les auteurs, Pascale Chapaux-Moreli et Pascal Couderc, font salle comble dès qu’ils donnent des conférences à travers l’Europe.
Tous deux ont accepté une interview dont voici la teneur.

- Pourriez-vous vous situer afin de préciser à quels titres vous vous êtes lancés dans l’écriture de ce livre?
Pascale Chapaux-Morelli: je suis présidente de l’Association d’aide aux victimes de violences psychologiques, et Pascal est psychanalyste, psychologue-clinicien et spécialiste des addictions.

- Vous expliquez que les victimes de pervers narcissiques sont des femmes, pour la quasi totalité. Comment expliquez-vous ce phénomène?
Pascal Couderc: Quelques rares hommes, dans les conférences que nous avons données ont pris la parole pour présenter leur situation qui ressemblait beaucoup à celles que peuvent subir les femmes, mais ils sont rares. Comment expliquer que ces pathologies soient masculines? Historiquement, les hommes ont toujours possédé le pouvoir. Mais cette situation évolue au niveau institutionnel. L’homme doit donc avoir recours à d’autres stratégies pour reprendre ce pouvoir qui lui échappe. Je reçois presque uniquement des femmes dans le cadre de mon travail. La souffrance féminine est énorme. Cela ne veut pas dire qu’aucun homme ne souffre dans son couple. Mais en général, les hommes conservent un petit terrain secret où ils se réfugient pour éviter la souffrance extrême. Ceci dit, leur malaise ne doit être ni nié ni méconnu.

- Y a-t-il des signes permettant de reconnaître un pervers narcissique avant qu’il ait eu le temps de ruiner votre vie?
P.C.: Oui. Au départ tout est idyllique. Systématiquement, les femmes disent « c’était parfait, sauf… » Car il y a toujours un petit quelque chose de dissonant. Il existe une connaissance inconsciente que quelque chose ne va pas. Au début de l’histoire, on l’occulte. Puis, malgré l’état amoureux, certains détails interpellent.
Lorsque l’un des partenaires change subtilement la vie de l’autre, impose à l’autre sa façon de vivre, ses décisions, ses choix, finit par faire douter sa partenaire, lui fait perdre son estime d’elle-même, nous sommes en présence d’un pervers narcissique. Au final, votre vie a totalement changée. Si vous êtes devenue dépendante de l’autre à tout point de vue, qu’il en est arrivé à vous faire douter totalement de vous, il faut consulter.

- Vous soulignez, dans votre livre, que le pervers narcissique a un talent particulier: celui de renverser les rôles et de faire passer la femme pour responsable tout en se faisant passer, lui, pour une victime. Vous écrivez notamment:  » Il lui est nécessaire de maîtriser son environnement pour le rendre conforme à sa pensée ».
P. C-M.: On se retrouve ici dans le même schéma que pour celui des femmes battues. La violence psychologique est beaucoup plus subtile, plus perfide. La première fois que je reçois une femme qui en est victime, elle me dit toujours la même chose: « Je voudrais comprendre ce que j’ai pu faire pour déclencher cela…. » Elle se croit responsables alors que c’est le partenaire qui l’est.

- Un pervers narcissique ressent-il de la culpabilité lorsqu’il a détruit une vie?
P.C.: Non, jamais. Ni culpabilité, ni souffrance, ni remords. Il niera la souffrance de sa partenaire, lui dira qu’elle se fait passer pour une victime. En revanche, il mettra en scène sa propre pseudo douleur, mais de manière froide. De plus, ce genre d’hommes sont de très mauvais perdants, très procéduriers. C’est un type d’hommes en général très intelligents. Ils ont le plus souvent une bonne situation, des capacités intellectuelles importantes, sont brillants. Plus ils sont intelligents plus ils sont redoutables. Ces hommes ne consultent pas. Ils manipulent tout le monde, y compris les thérapeutes. Face à eux, il faut des professionnels chevronnés.

- Un tel homme peut-il changer?
P.C.: Non. Il changera de partenaire, mais pas de pathologie. Ce n’est pas quelqu’un qui se remet en question.
Nous faisons face ici à deux pathologies associées: une structure perverse et une pathologie narcissique. La femme souffre d’un manque d’amour d’elle-même. Lui aussi est en manque, mais, contrairement à elle, il ne souffre pas. Il prend chez l’autre ce dont il a besoin, se nourrit de l’autre avant de passer à autre chose. Ces hommes s’aiment avec vanité, ils s’expriment à travers la vanité.

- Vous notez d’ailleurs dans le livre « Il n’a rien. Ni la souffrance, ni le souvenir de la souffrance, ni la substance. » Que peut faire une femme face à un tel partenaire?
P.C.: Etre vigilante, et, si elle le peut, partir dès qu’elle sent que quelque chose n’est pas normal. Lorsque le mal est fait, ce sont des femmes brisées que nous recevons en thérapie, souvent au bord du suicide. Il faut très longtemps pour qu’elles se reconstruisent.
P.C.-M.: Ce problème est pris de plus en plus au sérieux. Davantage d’informations circulent sur le sujet. Et désormais, en France, on peut s’appuyer sur une grande avancée politique. La loi du 10 juillet 2010 a été votée et le décret d’application interviendra d’ici l’automne. Cette loi concerne la violence psychologique. Elle a créé le délit de violence psychologique qui a servi de base aux femmes pour qualifier et reconnaître ce qu’elles vivent. Les hommes reconnus coupables encourront les mêmes peines que ceux responsables de violences physiques. Elles pourront aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 75’000 euros d’amende. La France fait ainsi partie des pays européens pionniers en la matière.

Martine Bernier

Site: www.violencespsychologiques.com »
« La manipulation affective dans le couple. Faire face à un pervers narcissique », Pascale Chapaux-Moreli et Pascal Couderc, Editions Albin Michel.

« Rebondir », du Docteur Daniel Dufour. Une autre vision de la santé

Posté : 12 mars, 2010 @ 10:27 dans Editions de l'Homme, Interviews, Sante | 1 commentaire »

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Lire et présenter des livres de toutes sortes est une facette de mon travail.
Des dizaines d’entre eux me passent entre les mains chaque mois.
Avec parmi eux, quelquefois, un ouvrage marquant.
C’est le cas de celui du docteur suisse Daniel Dufour: « Rebondir. Une approche créative pour surmonter les obstacles ».
Ce livre concerne et intéresse chacun d’entre nous, parce qu’il nous parle de nous, de notre santé, de nos émotions.
Il diffuse un message particulier: nous possédons tous les clés pour nous maintenir en bonne santé et pour nous relever après avoir vécu une grande crise.
Ce médecin totalement hors normes, qui a longtemps été chirurgien de guerre, nous propose dans ce passionnant ouvrage d’utiliser les outils essentiels à notre santé. Des outils qui passent par le respect de nos émotions, le savoir inné et la pensée créatrice.
Interview.

- Vous avez un parcours un peu atypique…
Il est un peu bizarre, oui. Dès l’âge de 7 ans, j’ai su que je voulais être médecin, et je n’ai jamais dévié de cette idée, même s’il n’y avait jamais eu aucun docteur dans ma famille auparavant. J’ai suivi mes études à Genève. Elles m’ont déçu, car je n’aime pas beaucoup la théorie. Mais dès que je me suis retrouvé devant des patients, j’ai compris que c’était bien ce que je souhaitais faire.
Un jour, je suis parti  en Rhodésie, qui s’appelle aujourd’hui de Zimbabwe, pour rendre visite à un ami. Là, j’ai rencontré la guerre. J’étais chirurgien orthopédique, j’ai décidé de rester. J’ai travaillé un an là-bas. Puis je suis rentré au CICR (Comité International de la Croix-Rouge), toujours comme chirurgien de guerre. J’ai vécu dans l’urgence pendant plusieurs années, au Liban, au Pakistan, dans tous ces pays en conflit. J’ai ensuite été coordinateur médical, toujours pour le CICR. Je passais du champ opératoire à un champ d’action plus large! J’ai fait des études de médecine tropicale à Londres, puis je suis rentré en Suisse et j’ai fait ce que je pensais ne jamais faire un jour: m’installer comme médecin généraliste, en 1987.

- Face à des patients présentant des problèmes d’Occidentaux protégés des situations de guerre, n’avez-vous ressenti aucune exaspération?
Non… Cette question m’a un jour été posée par une amie alors que je rentrais du Cambodge, travaillant pour l’Ordre de Malte qui lutte contre la lèpre. Je m’étais occupé de lépreux qui vivaient au fond de la jungle cambodgienne. Heureusement, je n’ai jamais fait ce lien, cette comparaison. La souffrance appartient à chaque personne. La misère est parfois beaucoup plus grande ici, avec des personnes qui meurent seules pendant la canicule sans que personne ne le remarque. Là-bas, les lépreux souffrent et sont retirés de la communauté. Mais leurs familles leur rendent visite, leur apportent à manger.

- Vous expliquez dans votre livre que chaque maladie est liée aux événements que nous vivons.
Oui, tout provient d’une émotion mal vécue, ou du fait que nous ne sommes pas dans le moment présent. Cela provoque différentes symptômes, un déficit d’immunité. Lorsque l’on vit dans le présent, on élimine les tensions. Ne restent que celles liées à l’éducation. Nous savons que si nous sommes tristes, il faut pleurer pour évacuer cette peine. Mais l’éducation nous empêche souvent de nous autoriser à exprimer la colère, la tristesse, la joie…

- Vous estimez que nous avons tous en nous les outils pour revenir à la santé. Une personne en pleine dépression a-t-elle elle aussi cette force en elle?

Oui, mais elle va avoir le sentiment d’être culpabilisée parce que je leur dis qu’elles ont en main les clés pour se soigner. On me le reproche souvent. Je dis aux gens: « vous êtes responsables de votre mal-être, mais aussi de votre bien-être. Je n’ai pas le pouvoir de guérir, mais vous l’avez. »
Nous devons utiliser nos outils. Le passé et le futur existent. Et, si l’on est très intelligent, on utilisera le passé pour mieux construire le futur. Mais la clé de tout est de vivre dans le présent, en exprimant ses émotions.

- Vous n’infantilisez pas vos patients, au contraire, vous les responsabilisez, apportant une vision très personnelle de la pratique de la médecine. Comment êtes-vous perçu par vos collèges?
Je pense qu’ils ont pour moi une douce indifférence ou un doux mépris! Je n’en suis pas dérangé: je ne cherche pas à convaincre. La médecine traverse actuellement une grande crise car de plus en plus de gens n’y croient plus. On maintient les médecins dans une notion de pouvoir absolu. De nombreux thérapeutes font d’ailleurs la même chose: ils ont le pouvoir face à leurs patients qui sont des lilliputiens en face d’eux. Je ne suis pas d’accord avec cette façon de pratiquer la médecine. Pour moi, il s’agit d’accompagner les patients. Tout ce que j’ai appris, ce sont eux qui me l’ont enseigné. Ce terme d’accompagnement est essentiel pour moi.
Les gens sont prévenus de ce qui les attend quand ils viennent me voir. A mes yeux, il est très important d’avoir une approche globale de la personne. L’être humain n’est pas un estomac, un bras ou un coeur. C’est tout un ensemble, une multitude de composante. Je connais bien la médecine « mécanique », que j’ai pratiquée dans l’urgence, et que je pratique toujours lorsqu’il le faut. Mais je sais aujourd’hui qu’il y a toujours une raison à une maladie ou à un accident.

- Vous allez plus loin… vous dites que, selon vous, on peut guérir chaque maladie, y compris le cancer.
Oui. Je me souviens de l’une de mes patientes qui avait un cancer de la peau. Elle se guérissait de ce cancer, et, un jour, a décidé qu’elle en avait assez et qu’elle voulait s’arrêter. Il faut aussi respecter la personne lorsqu’elle prend cette décision. L’important est d’accompagner la personne pour qu’elle vive ou meurt en paix.
Lorsque les gens viennent me voir et me disent « j’ai un cancer » ou « j’ai des sinusites à répétition », je leur demande: « Pourquoi avez-vous cela? ».
Souvent, ils me répondent. Une personne qui a un cancer évoquera tel ou tel événement qu’elle a traversé. Un événement porteur d’émotion qui n’a pas pu être vécu correctement.

- Vous pensez réellement que quelqu’un de déjà très atteint peut guérir grâce à la pensée créatrice, en s’ancrant dans le présent, en exprimant ses émotions?
Oui, je le crois. On peut toujours revenir en arrière. Je sais qu’il y a des sceptiques qui me diront que je vends de l’espoir alors qu’il n’y en a plus. Cette phrase à elle seule est terrible. Il y a toujours de l’espoir.

- Vous estimez que l’aptitude à rebondir dans la vie est une démarche très différente de la résilience. Pourquoi?
La résilience est l’adaptation de certaines personnes à leur milieu. Tout le monde n’en fait pas preuve. C’est une façon de réagir par rapport à la société, elle fait appel aux faculté d’adaptation et à ce que la société peut offrir.
L’aptitude à rebondir est le phénomène inverse. Chaque personne peut y arriver, et c’est en elle qu’elle va trouver les moyens de le faire.

Propos recueillis par Martine Bernier

- « Rebondir! Une approche créative pour surmonter les obstacles », Docteur Daniel Dufour Les Editions de l’Homme
- Le docteur Dufour donnera une conférence au MEDNAT, à Lausanne, le samedi 27 mars 2010 à 13h30
- Site Internet:http://www.oge.biz/fr/index.php

« Quand mon bébé me parle »: Interview de Stephan Valentin, psychologue plein de sagesse…

Posté : 7 novembre, 2009 @ 10:34 dans Education, Enfant, Interviews, Jouvence, Psychologie | Pas de commentaires »

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Votre bébé vous parle!

Écrivain et docteur en psychologie spécialiste de la petite enfance, Stephan Valentin, vient de consacrer un livre à la façon dont s’expriment les bébés. Un livre passionnant et plein de surprises.

- Votre parcours est très atypique…
C’est vrai. Je suis Allemand, mais j’ai suivi des cours de théâtre à Paris. Puis j’ai décidé de devenir psychologue et j’ai tellement aimé ces études que j’ai été jusqu’à la thèse. Le théâtre m’aide pour tout ce qui concerne le jeu avec les enfants et les adultes dans le cadre des traitements.

- Pourquoi vous être concentré sur la petite enfance?
Il existe une grande demande de la part des parents pour comprendre leurs enfants. Ils sont noyés dans une soupe de psychologie. Chacun propose le contraire de l’autre, y compris dans les journaux. Pour ma part, je n’ai pas un point de vue extrémiste, et je propose des solutions dans les livres. Les parents choisissent ce qui leur correspond le mieux. C’est très gratifiant.

- Votre livre se veut essentiellement pratique…
Oui, j’ai essayé de me mettre dans la peau du lecteur en imaginant ce qu’il voudrait recevoir et trouver dans mes livres. J’ai structuré celui-ci en fonction des âges de l’enfant pour que la recherche soit plus facile.

- Vous confirmez, dans votre ouvrage, que le fœtus est bel et bien un être sensible qui perçoit énormément de choses et qui y réagit.
Oui, il fait partie de notre monde à travers sa mère. Les berceuses ont sur lui un effet calmant. Il réagit à la douleur, aux émotions. J’ai été très touche d’apprendre qu’un fœtus pouvait pleurer dès le sixième mois de grossesse. Effectuer ce travail m’a fasciné car j’ai énormément appris moi-même.

- Vous expliquez dans votre ouvrage combien la communication avec le bébé est essentielle…
Il ne faut pas avoir peur de communiquer avec son bébé dès la naissance. Lui parler, le porter, lui sourire, le masser, lui faire des câlins: tout cela fait partie de la communication. Il faut lui dire ce que l’on va faire, accompagner chaque geste de paroles lui décrivant les actes. Le bébé peut comprendre énormément de choses.
À quelques semaines, il peut déjà compter et sait que 1+1=2. Il comprend probablement beaucoup de choses. Bien sûr, c’est subjectif. Mais une chose est certaine: parler avec un bébé permet de créer un lien fort avec lui.

- Que conseilleriez-vous aux jeunes parents pour que les choses se passent au mieux avec leur enfant?
De ne pas se laisser mettre la pression par les autres, par l’environnement. Un enfant doit évoluer à son rythme. Il ne faut pas s’inquiéter s’il a deux ou trois semaines de « retard » sur les autres pour certaines acquisitions comme la marche ou la parole. Chaque enfant a son rythme.

- Comment faut-il réagir aux pleurs d’un bébé?
Un enfant est plus autonome à un an si ses parents ne l’ont pas laissé pleurer dans sa première année. Un bébé ne pleure jamais par caprice. Il pleure parce qu’il a besoin de quelque chose ou qu’il ne se sent pas bien. Si ce sont des pleurs légers, il faut lui laisser la chance, par exemple, de se rendormir tout seul, sans se précipiter. Mais il ne faut pas le laisser pleurer trop longtemps. En Allemagne, un livre, devenu un best-seller, affirme qu’il faut le laisser pleurer même jusqu’à 45 minutes. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette théorie.

- Comment gérer les pleurs des bébés?
En fonction des besoins de l’enfant. Pour les pleurs du soir, par exemple: s’endormir est une tâche très difficile. Il faut une préparation au sommeil, des rituels qui permettent de se séparer des parents.
Autre exemple: si vous dites à un petit de ne pas toucher à la télécommande ou au téléphone de sa mère, il faut lui donner un autre objet à la place, et le faire tout doucement. Cela permettra de détourner son attention. Vers 18 mois, stade de l’opposition, il faudra lui faire comprendre qu’un non est un non, et un oui est un vrai oui, sans toutefois devenir rigide.
J’ai écrit ce livre pour déculpabiliser les parents. On ne peut pas être un parent parfait. Il faut juste être suffisamment bon pour son enfant, ne pas avoir peur de faire des erreurs.
Je suis un psy homéopathique. Je ne suis pas là pour donner des règles ou des lois. Je propose des solutions et les parents ont la possibilité de choisir. En ne perdant pas de vue qu’il ne faut pas écouter les solutions des copines, mais chercher aussi les siennes, qui correspondent à son enfant.

Propos recueillis par Martine Bernier

- « Quand mon bébé me parle. Comprendre ses messages et y répondre ». Stephan Valentin. Editions Jouvence.
- Site: http://www.stephan-valentin.com

La synergologie: rencontre avec l’étonnant Philippe Turchet, pape du langage du corps

Posté : 4 novembre, 2009 @ 9:38 dans Developpement personnel, Editions de l'Homme, Interviews, Psychologie | Pas de commentaires »

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L’exercice de l’interview par téléphone peut être extrêmement risqué. Si le contact passe mal, toute la démarche peut en souffrir. C’est donc avec une légère appréhension que j’ai appelé Philippe Turchet, auteur du best-seller « La synergologie », pour notre rendez-vous téléphonique, ce mardi matin. Inquiétude infondée: malgré une communication rendue un peu délicate par l’utilisation de deux mobiles, ce fut passionnant. Récit d’une rencontre autour de l’étude du langage du corps, à l’occasion de la sortie du dernier ouvrage de Ph. Turchet: « Le langage universel du corps »

- Vous décryptez depuis vingt ans le langage du corps. Mais qu’est-ce qui vous a amené à étudier ce sujet?
Pour les besoins de mon doctorat en sciences humaines, en 1987, je travaillais sur une recherche concernant la rationalité du comportement. Pourquoi certains individus réussissaient-ils mieux que d’autres? Nous savions qu’il ne s’agissait pas forcément d’une simple question d’intelligence. J’ai été voir du côté de l’ethno psychanalyse, et j’ai trouvé un texte renversant sur la communication non verbale. Il parlait de la relation entre une mère et son enfant. D’un côté, elle l’appelait, mais de l’autre elle reculait en fermant les bras. Elle lui envoyait des messages contradictoires. Le sujet m’a passionné.

- Dans vos ouvrages, vous expliquez que notre corps traduit nos émotions à travers nos gestes, nos mimiques, nos expressions, nos tics. Est-il possible de faire mentir notre corps?
Non. On ne peut pas le maîtriser suffisamment pour lui faire dire ce que nous voulons qu’il dise. Vous ne pouvez pas empêcher votre estomac de digérer. C’est la même chose. Notre système neurovégétatif ne se contrôle pas, et c’est lui qui traduit nos émotions.

- Vous êtes passé maître dans l’art de traduire le langage corporel. Cela ne fausse-t-il pas les contacts que vous pouvez avoir avec les autres?
Non, et ce que l’on cultive dans les cours de formation (NDLR: ces cours de synergologie comprennent 300 heures sur une durée de trois ans). Lorsque l’on est en relation avec quelqu’un, on ne pratique pas de synergologie. Je ne fais pas attention à cela lorsque je parle à une personne. Ce qu’elle dit est tout aussi important que le langage gestuel. Parfois, dans la conversation, elle peut avoir un geste curieux ou bizarre. Et cela peut faire que l’on va s’y intéresser, mais ce n’est pas systématique. L’inverse est également important: il ne faut surtout pas essayer de contrôler son corps. Au contraire, laissez paraître vos émotions.Si votre interlocuteur se rend compte que quelque chose vous gêne, il va modifier son discours, sa façon d’agir. Il faut laisser les autres lire en vous. Les meilleurs négociateurs montrent ce qu’ils ressentent. Il faut être vrai, authentique. Même si ces mots sont galvaudés, ils traduisent bien ma pensée.

- D’une culture à l’autre, nous n’avons pas forcément les mêmes gestes pour dire les choses. Certaines attitudes sont propres à certaines cultures, pas à d’autres. Risquons-nous de mal interpréter les codes corporels si nous communiquons par exemple avec une personne asiatique?
Justement non. Le langage est la dernière couche de culture venue se poser sur notre cerveau. En dehors d’un faible pourcentage de gestes typiques à tel ou tel peuple, le langage du corps est universel. Je dirais plutôt que c’est l’amplitude et la fréquence du geste qui ne sont pas les mêmes. Ceux qui se donnent le droit d’exprimer une émotion le font de manière plus ample. Mais une personne venue d’Asie, pour reprendre votre exemple, aura le même geste beaucoup moins ample, plus discret, mais plus fréquent.

- Vous dites aussi que nous avons une certaine partie de notre gestuelle en commun avec les grands singes…
C’est exact! Ce qui prouve qu’il y a vraiment quelque chose qui nous rapproche. Par exemple les micro démangeaisons. Plus nous sommes détendus, plus nous avons tendance à nous gratter le nez, la tête, les oreilles etc à gauche. Et plus nous sommes énervés, plus nous nous grattons du côté droit. Dans le même genre de situations, les grands singes réagissent de la même façon. Par contre, jamais un singe n’aura un geste de partage gratuit, comme celui de montrer le soleil qui brille. Montrer une chose veut dire, pour lui, qu’il la veut.

- Pour les personnes que vous formez à la synergologie, vous filmez des sujets dont un ment et vous expédiez ces vidéos à vos élèves à l’autre bout du monde. Elles sont diffusées en coupant le son et les spectateurs doivent définir qui ment. Et vous me disiez que les Suisses font partie de ceux qui sont le plus difficiles à cerner dans ces tests de détection du mensonge?
Oui! Les Québécois ont toujours des difficultés à décoder les mensonges suisses! Ils reconnaissent vite les Suisses par leur physique, mais on beaucoup de mal à décrypter leurs expressions ou gestes car ils sont beaucoup moins exubérants que les Espagnols, par exemple. Les Français sont assez semblables aux Suisses, sauf si vous descendez vers le sud. Il y a très peu de différences entre un Parisien et un Romand. Du moins si vous coupez le son!

- Vous êtes souvent sollicité par les médias pour décoder les comportements de personnalités connues. Y en a-t-il qui vous fascinent plus que d’autres?
Les grands communicants ne sont pas là où ils sont par hasard. Il y a chez eux un tel désir, une telle envie de convaincre qu’ils ne peuvent qu’attirer l’attention. Nicolas Sarkozy est passionnant à décrypter. Je le ressens sincère, mais il est plein de contradictions. Il a beaucoup de mal à contrôler ses émotions, contrairement à Barack Obama, passionnant lui aussi. Avant son arrivée à la présidence, j’ai visionné douze heures de ses discours. Je n’ai jamais vu un geste dont on peut dire qu’il est uniquement culturel. Tous son langage corporel est compréhensible par tout le monde. Indéniablement, il dégage quelque chose de très fort. Il est toujours en mode d’analyse, il prend un certain recul dans la communication avec ses interlocuteurs. Il ne se relâche qu’avec sa femme et ses filles.

- A présent que vous avez formé des personnes capables d’enseigner à leur tour la synergologie, le nombre de personnes intéressées ne cesse d’augmenter. Qui sont vos élèves?

Ils viennent de tous horizons. La synergologie peut aussi bien être utile à un médecin qui pourra percevoir ses patients plus facilement, qu’à un enseignant qui comprendra mieux ses élèves…

- Après tant d’années passées à étudier le langage du corps, avez-vous le sentiment d’être arrivé au bout de votre travail?

Non! Maintenant, il faut la faire entrer dans de nouveaux univers. La synergologie peut être très utile dans de nombreux domaines, comme la médecine. Elle a une multitude de champs d’application!

Martine Bernier

« Le Langage Universel du Corps », Philippe Turchet, Les Editions de L’Homme.

Blog de Philippe Turchet:

http://philippeturchet.blogspot.com/2009/02/non-verbal-qi-et-reconnaissance-sociale.html

Bruno Masure: « Je vis chez mes chats, pas l’inverse… »

Posté : 13 juin, 2009 @ 8:47 dans Animaux, Interviews | 5 commentaires »

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Journaliste vedette présentateur du journal de 20 heures sur les chaînes françaises dans les années 80, Bruno Masure voue un amour inconditionnel aux chats. Il vient de leur consacrer un livre et continue à partager sa vie avec trois « purs gouttières ». Visite à Bercy (Paris), dans le pavillon où il habite « chez ses chats ».

Dans le pavillon parisien de Bercy où vit Bruno Masure, les chats sont rois. Inutile d’espérer les voir hanter le canapé en cas de visite. Bien dissimulés à l’abri des regards indiscrets, « Loana », « Teigne » et « Pot-de-colle » n’honorent le propriétaire des lieux de leur présence que s’ils l’ont eux-mêmes décidé.
Dans la vie du journaliste, ces félins jouent un rôle particulier. « Tous ceux qui ont fait partie de ma vie sont des chats de gouttière. Je n’aime pas les chats luxueux, de race. Ceux que j’ai eus sont tous des SDF! Je ne supporte pas l’idée de devoir payer des sommes folles pour acquérir un chat. » Pas d’accord de se ruiner pour l’achat d’un animal, mais, en revanche, le cœur sur la main dès qu’il s’agit de voler au secours de l’un d’entre eux. La grande majorité de ses protégés ont connu un début d’existence tourmenté. Hormis Loana, dont la seule particularité a été de naître « la fameuse nuit du jacuzzi de Loft Story », tous sont un jour arrivés devant sa porte en piteux état. Et tous ont eu droit à ses soins attentifs, aux visites chez le vétérinaire, et à des traitements qui, avoue leur hôte, lui coûtent une fortune.

Naufragés des jardins

Bruno Masure raconte sans se faire prier les parcours de vie de ses chats. À commencer par celui de Teigne, naufragé cabossé dont il décrit le regard bleu que les visiteurs ne verront pas. Méfiant, le matou préfère éviter le contact avec les inconnus. « Il est un jour arrivé dans mon jardin, alors qu’il avait deux ou trois mois. Il était quasi aveugle et avait une sérieuse maladie de peau, qu’il a toujours, d’ailleurs. Il avait un aspect tellement repoussant que personne n’en aurait voulu. Donc, je l’ai gardé. Il est toujours aussi abîmé, mais c’est un chat formidable. Pot-de-Colle, lui, est arrivé en plein mois de novembre. Il faisait très froid. J’ai eu beau faire, il est resté devant chez moi jusqu’à ce que j’accepte de le garder. Il m’a choisi. Il avait été castré, ce qui indiquait qu’il avait dû avoir une vie antérieure. Il ressemble un peu à un chat norvégien… C’est le seul des trois à être très câlin, mais lorsque je veux le caresser sur la tête, il se protège. C’est peut-être un raccourci hâtif, mais j’ai tendance à penser qu’il a dû vivre des événements difficiles. Quant à Loana, je vis chez elle. Elle aime dormir sur mon lit. Si j’ai le malheur de fermer la porte de la chambre, elle a dans le regard un air de reproche indigné très explicite… »

« Les chats me ressemblent »

Pas sectaire pour un sou, le journaliste avoue aimer également les chiens, même s’il trouve plus contraignant de s’en occuper. « Ils ont un caractère qui correspond moins au mien. Les chats, eux, sont d’une liberté et d’une indépendance absolue. Je suis comme eux. J’aime faire ce qui me plaît quand cela me plaît. Ils ne se forcent pas, ne font jamais semblant. S’ils viennent se blottir sur vos genoux, c’est qu’ils ont choisi de le faire. » Dans son livre, Bruno Masure explique que ses compagnons dorment environ 14 heures par jour. Lui à peine un peu moins, ce qui ne l’empêche pas de partager leur goût pour le calme et la tranquillité. Celui qui présentait le Journal de 20 Heures en charentaises par souci de confort et qui terminait ses passages à l’antenne par un dicton humoristique, a traversé des moments troublés dans sa vie professionnelle, lorsqu’il a quitté la télévision. Là encore, ses animaux ont joué un rôle primordial. « Pour supporter le stress de la télévision, j’avais mes chats et mon jardin. Rien ne me détend davantage que d’arroser le jardin ou de caresser un chat. Ces animaux ont un pouvoir déstressant qui a été maintes fois prouvé. Je les trouve toujours élégants, gracieux. J’ai deux amours: la politique et les chats. Je travaille en ce moment sur un livre parlant des relations entre les hommes politiques et les journalistes. Ecrire parallèlement l’ouvrage sur les chats me lavait la tête.  »

Bercy, paradis perdu

Lorsque le journaliste est arrivé à Bercy, voici vingt ans, le quartier était un véritable Eden pour les chats errants. Avant que les anciens entrepôts de vin n’y soient remplacés par des immeubles, le lieu, explique-t-il, était privilégié. « Des dizaines de chats y vivaient, nourris par les veilles dames. C’était l’endroit le plus poétique de Paris, un paradis pour les chats et pour les photographes. Aujourd’hui, un très joli parc y a été installé, mais les chats ont disparu. »
Reste aux chats du quartier le privilège de profiter des jardins des pavillons, formant un triangle hermétique aux dangers de la rue. Une vie de rêve…

Martine Bernier

SOUS LA LORGNETTE DE MASURE

Un livre sur nos félins d’appartement, Bruno Masure a beau les adorer, il n’aurait jamais pensé l’écrire jusqu’à ce que son éditeur lui en fasse la demande. L’ex journaliste vedette présentateur du journal de 20 heures pendant 13 ans a donc repris sa plume insolente et drôle pour signer « Les Chats vus par Bruno Masure ». Soixante mots servent de fil rouge à l’ouvrage truffé de photos et d’informations on ne peut plus sérieuses. Mais comme on ne se refait pas, l’auteur a retrouvé toute sa verve pour parler de ses compagnons, signant un livre insolite.

En savoir plus:

Livre: « Les Chats  » vus par Bruno Masure. Collection Phare’s. Editions Hugo image.

BD: Dominique Roques et Alexis Dormal – « Pico Bogues »

Posté : 13 juin, 2009 @ 8:46 dans BD, Interviews | Pas de commentaires »

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HUMOUR ET TENDRESSE D’UN COUPLE MERE-FILS

La BD redécouvre la tendresse avec la naissance d’un petit personnage attachant: Pico Bogue. Sa particulatité? Il est né de l’imagination d’une mère, Dominique Roques, 60 ans, et de son fils, Alexis Dormal, 31 ans. L’une écrit, l’autre dessine, racontant leur vie de famille. C’est bourré d’humour, attendrissant, tonique… Chaque parent et chaque enfant peut se retrouver dans cet album réconfortant qui fleure bon, à chaque page, la formidable complicité existant entre ce couple mère-fils. Une BD délicieuse, destinée autant aux enfants qu’aux adultes, qui, une fois lue, laisse derrière elle un sillage de bien-être.
Rencontre avec deux Belges pour lesquels la douceur a encore un sens.

- Les mésaventures de Pico sont-elles autobiographiques?
D.R: Il s’agit de nous dans la mesure où nous avons tous les personnages en chacun de nous. Tous les événements décrits ne nous sont pas arrivés, mais, oui… “nous sommes cela”!

- Et Pico, ce petit bonhomme drôle, à l’esprit de répartie saisissant et à la chevelure en bataille, c’était donc Alexis?
D.R: Oui! Quand il était petit, il était ainsi, mais la société a modifié son caractère. Pour les cheveux, c’est moi qui les lui coupait, ce qui explique le résultat! Et puis, ce petit renflement que vous voyez au-dessus de la bouche de Pico, il l’avait lui aussi…

- Comment est né Pico?
A.D: Maman m’a un jour montré ce qu’elle écrivait. J’ai découvert les personnages et j’ai pris les histoires de plein fouet. Ma mère a toujours eu un style d’écriture qui n’appartient qu’à elle. J’ai donc essayé de construire des personnages qui répondaient à l’humanité et à l’humour de ses textes. Pour cela, je me suis éloigné du réalisme, j’ai introduit la folie des cheveux, le petit côté sage du visage, la douceur du geste, mais aussi la vivacité du mouvement. Nous avons mis deux ans pour finaliser l’album.

- Alexis, comment voyez-vous votre mère?
J’ai eu, avec mon frère, une enfance très heureuse. Maman a toujours été très proche de nous, nous parlions beaucoup. J’ai toujours considéré son esprit comme une oasis dans un monde où même les enfants jouent aux adultes. Un monde qui me donne l’impression qu’il faut se déshumaniser le plus possible pour pouvoir exister. Notre mère nous apportait tout le contraire…

- Et vous, Dominique, quel regard portez-vous sur votre fils?
D.R: Il est diplômé d’une école de cinéma, mais a bifurqué. Dans cet univers où l’on brasse beaucoup d’argent, il faut être doté d’un brin de méchanceté pour se faire sa place… et il est incapable de l’avoir. Il a ensuite suivi une école de dessin. A cette époque, je me faisais du souci pour lui: percer dans la bande dessinée n’est pas simple. Mais il a du talent, et une belle sensibilité…

- La famille de Pico se compose également de son papa et de sa petite soeur, “Ana Ana”. Alors que, dans la vie, vous avez un frère. Pourquoi avoir introduit ce personnage?
A.D: Cette petite soeur est née de l’envie qu’en avait Dominique! Elle est le symbole d’un certain féminisme. Elle est plus fonceuse que Pico, plus vive, mais elle a aussi un côté très touchant, très tendre.

- D’ailleurs, la relation entre le frère et la soeur est très belle, à la fois complice mais réaliste! Pico ressent parfois une pointe d’agacement pour cette petite tornade blonde… La relation ressemble à celle que vous aviez avec votre frère?
A-.D: Oui ! Maman a travaillé pour que Jérôme et moi ne nous chamaillions pas. Cela nous a permis de développer une belle relation. Il est d’ailleurs aujourd’hui notre premier critique!

- Ce premier album est un bijou de fraîcheur, d’humour et de poésie. Quel a été votre objectif en le réalisant?
D.R: Nous ne voulions surtout pas donner de leçons ni tomber dans la mièvrerie. Mais raconter la vie de famille sur un mode à la fois amusant et proche de la réalité.
A.D: On ne se souvient pas exactement comment cela se passait, dans l’enfance… Mais on se rappelle de certaines souvenirs, de l’atmosphère. Je crois que, ce petit garçon, je le suis toujours. Et j’aime savoir que ce livre peut être lu autant par les ados que par leurs parents, et créer une complicité.

Martine Bernier

Pico Bogue: “La Vie et Moi”, Dominique Roques et Alexis Dormal, Ed. Dargaud.
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Christiane Collange: « Pitié pour vos rides ». Interview

Posté : 12 juin, 2009 @ 8:12 dans Interviews, Pamphlets, Robert Laffont | Pas de commentaires »

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J’ai lu plusieurs des livres de Christiane Collange. Et j’ai toujours été enchantée par son bon-sens, son franc-parler, son regard parfaitement lucide sur la vie et les rôles que nous y tenons.
Aussi ai-je demandé en service de presse son dernier ouvrage: « Pitié pour vos rides, une enquête vérité sur le monde de l’esthétique ».
Je l’ai lu d’une traite.
Bien sûr, de nombreuses émissions de télévision et des articles ont déjà traité le sujet.
Mais les émissions et les magazines passent tandis que les livres restent.
Il fallait qu’une voix s’élève pour exprimer clairement, après enquête minutieuse, le pourquoi du malaise qui pousse certaines femmes à passer entre les mains des chirurgiens esthétiques, les risques encourus etc.

Le pamphlet de l’ancienne rédactrice en chef de l’Express est percutant. Il aborde de manière très complète les tenants et les aboutissants de ce phénomène très révélateur d’un malaise profond. Il fallait la plume énergique et ferme de Christiane Collange pour le faire.

Après avoir lu son ouvrage, j’ai déposé une demande d’interview par téléphone.
Et hier matin, la rencontre a eu lieu, riche et drôle.
Je vous en livre ici l’essentiel en espérant qu’elle vous incitera à découvrir ce livre, si ce n’est pas déjà fait…

- Vous vous êtes penchée sur les raisons profondes qui poussent les femmes à se faire refaire le visage ou le corps. Vous parlez de l’emploi, de l’image qu’elles renvoient et qu’elles ne supportent plus, du rôle de la télévision, et des médias etc… Pensez-vous qu’il soit plus difficile d’être femme aujourd’hui qu’il y a 50 ans?
Non, pas du tout. Il y a 50 ans, tout était très difficile pour les femmes. Il faut faire la distinction entre « être femme » et le domaine de la séduction. Il est nettement plus facile d’être femmes aujourd’hui, car elles jouissent de plus de liberté, ont davantage le choix de leur destin. Mais dans le domaine de la séduction, c’est une autre affaire. On nous fait croire que, pour séduire, il faut être une beauté. C’est faux, mais c’est le message véhiculé par les médias, la publicité.

- Vous n’êtes pas tendre avec les médias sur ce point…
Autrefois, la presse féminine aidait les femmes à assumer leur quotidien, leurs enfants, leur ménage. Aujourd’hui, elle est faite pour fabriquer des cover-girls. Grâce à Dieu on réagit. Ne vous laissez pas influencer par ces messages faussés.
Tenez, prenons un exemple: on veut nous faire croire que toutes les femmes enceintes de huit mois sont magnifiquement belles et bien dans leur peau. On nous a balancé Angelina Jolie enceinte et divine. On a oublié de nous dire qu’elle devait avoir un coiffeur, un maquilleur, un nutritionniste et que sais-je encore derrière elle chaque jour. La réalité ne ressemble pas à cela. Lorsque nous sommes enceintes de huit mois, nous sommes fatiguées, et nous n’attendons qu’une chose: que cela finisse et que l’enfant naisse!

- Vous estimez aussi que les reality show devraient être interdits car ils diffusent une « idéologie sinistre et dangereuse » à la gloire de poupées entièrement factices. Votre voix s’élève comme une voix de bon sens et de sagesse dans un monde où, finalement, ce genre de pratique semble rentrer tranquillement dans les mœurs et ne pas susciter beaucoup de réaction en regard de la gravité de ce qu’ils véhiculent. Cela vous inquiète?
Oui. Les reality show devraient être interdits. Il donne comme but aux femmes de perdre la réalité de leur vie. Certaines émissions les poussent à se faire entièrement refaire le visage et le corps. Mais on ne nous dit pas ce qui leur arrive ensuite. Peut-être deviennent-elles folles? Peut-être leurs enfants ne les reconnaissent-ils plus? Et comment réagissent leurs maris devant une femme qui ne ressemble plus à celle qu’ils ont épousée?

– L’un de vos chapitres est d’une sagesse percutante: il est impossible de rajeunir en vieillissant et vous proposez une série de conseils pour vivre mieux les ravages du temps. Parmi eux: préserver son capital peau. Et vous donnez 10 conseils d’une simplicité désarmante et qui ne coûtent rien. Vous les suivez vous même?
Oui! Il est fondamental de bien se dire que quoi que l’on fasse, on ne rajeunit pas. Quelqu’un m’a dit un jour cette phrase très vraie: « Quand on se fait injecter du Botox, on ne fait pas plus jeune, on fait botoxée! ». Les conseils que j’indique sont des principes de base. Il faut prendre soin de sa peau, tout simplement. Pour ma part, j’ai la chance de brûler au soleil! Cela me désespérait quand j’étais jeune. Mais aujourd’hui, l’avoir fui m’arrange bien: ma peau a été préservée, elle n’est pas très abîmée pour mon âge.

- Vous vous êtes attaquée, dans vos livres, à deux des pires tabous pour la femme: le poids et l’âge. Il faut se sentir très bien dans sa peau pour oser le faire de cette façon…
Et non, justement… Je me sens bien dans ma personne, mais mal dans ma peau. Je ne me suis jamais trouvé jolie. Mais je suis très à l’aise dans mon personnage, dans ma tête. J’ai eu une vie passionnante. J’ai plein d’enfants et de petits-enfants, avec pleins d’emm… comme tout le monde. J’ai eu une vie professionnelle formidable. J’ai de quoi me sentir bien.

– Vous même, comment appréhendez-vous la question de l’âge dans votre quotidien?
Un jour, il y a longtemps, j’ai regardé mes cheveux queue de vache, plutôt châtains, mes yeux verts, ma peau claire et mes taches de rousseur et je me suis rendue à l’évidence: j’aurais dû être rousse. Donc, j’ai commencé à me teindre les cheveux. Et puis l’an passé, je suis tombée malade et je me suis vue. J’étais une vieille femme malade avec des cheveux roux. J’ai décidé que j’allais arrêter de me teindre et assumer mes cheveux blancs. Depuis, mes cheveux, qui devaient en avoir assez des traitements que je leur imposais, vont beaucoup mieux. Et, bizarrement, on me dit que mes cheveux blancs me rajeunissent! C’est un comble… L’âge… Pour ce qui est de ma figure, j’appréhende bien. Pour mes genoux, moins! Les vieilles dames comme moi, de bonne humeur et actives doivent faire beaucoup d’efforts. Car nous sommes forcément handicapées par les ans. Il n’y a pas un jour où vous n’avez pas mal quelque part! Mais une bonne douche et un bon café vous permettent de vous remettre en train!

- Vous avez une sagesse, une façon de regarder la vie avec un œil à la fois critique et tolérant qui fait un bien fou à vos lecteurs. D’où vous vient ce bon-sens?

De mon père. Je lui ressemble beaucoup. Il avait un grand sens du quotidien, de la vie. La vieille de sa mort, nous avons eu un fou rire magnifique, tous les deux. Ma philosophie ressemble à la sienne: la vie est une chose difficile, il ne faut pas en rajouter! Mais vous savez, je ne suis pas commode. Je suis très autoritaire, je suis une grosse bosseuse et très rigolote. Lorsque j’étais rédactrice à l’Express, j’étais très exigeante sur la qualité du travail. Et j’ai été pareille avec mes enfants; Je suis drôle, mais on ne plaisantait pas avec les études, les choses à faire. Je ne supporte pas le laisser-aller, la paresse, tout ce qui est mou. La vie est une chose dont il faut s’occuper activement

- Avez-vous des contacts avec vos lecteurs? Comment réagissent-ils à votre livre?
Oui, j’ai beaucoup de contacts avec…. les lectrices! Car je suis un auteur pour les femmes. J’ai peu d’hommes parmi mon lectorat, ou alors des maris auxquels leurs femmes ont lu un chapitre d’un livre. Beaucoup de gens pensent ce que je dis et sont ravis que quelqu’un le dise à leur place. Il y a une prise de conscience de l’autonomie des femmes.

- En travaillant sur votre ouvrage, avez-vous eu accès aux statistiques? Sait-on quel pourcentage de femmes font appel à la chirurgie esthétique?
Oui: elles sont moins de 10% à le faire, et moins encore à franchir le pas. Et ce surtout parce que cette chirurgie est très chère et qu’elle est réservée à une élite. Attention: je fais bien la différence avec la chirurgie réparatrice qui, elle, est vraiment utile. Tout comme la démarche d’une femme qui souffre toute sa vie d’avoir un nez démesuré et qui se fait opérer est tout à fait légitime.

- Un chiffre aussi modeste méritait-il vraiment un livre sur le sujet?
Oui, car la majorité de la population en est le témoin à travers la TV, les médias le cinéma etc. Et cela rend des femmes malheureuses. Elles se disent: Toutes ces femmes là ne vieillissent pas… et moi!?

– Et les hommes? Passent-ils eux aussi par le bistouri du chirurgien esthétique?
Moins que les femmes, mais cela commence un peu. Ils se font eux aussi refaire le visage, la plupart du temps pour des raisons professionnelles. Certains, à 50 ans, ne veulent pas avoir l’air vieux au milieu de l’équipe de jeunes dont ils sont responsables. Personnellement, je pense que cela ne sert à rien.

- Quels sont vos projets, aujourd’hui que votre dernier livre vit sa vie?
Je ne parle jamais des livres que j’ai sur le feu… pour éviter que l’on ne me prenne l’idée en route! J’écris tous les deux ans. Je vais accompagner ce livre-ci, puis je me remettrai au suivant dès la fin de l’année.

Martine Bernier


« Pitié pour vos rides » Christiane Collange, Ed. Robert Laffont

 

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